Bayrou le résistant (suite)

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Opposant n°1 et unique alternative à Nicolas Sarkozy  : plus que jamais c’est le (seul) rôle que souhaite endosser François Bayrou. A l’occasion de ses vœux à la presse, le président du Mouvement démocrate a prononcé un discours de 22 minutes, découpé ainsi : une minute de vœux proprement dits, et 21 de violent réquisitoire contre le président de la République. Sur le reste, tout le reste - le paysage politique, l’état du pays, du monde, les municipales, le programme de son jeune parti : pas un mot. 

 

 

Pour François Bayrou, Nicolas Sarkozy est passé du statut de « meilleur ennemi » à celui de « seul ennemi ». Plus question de perdre son temps à renvoyer gauche et droite dos-à-dos comme pendant la campagne présidentielle. Haro sur le chef de l’Etat, critiqué sur tous les plans. Le fond, la forme, le style, la méthode, les valeurs, rien n’y échappe. « On a une impression d’improvisation, d’influences contradictoires, de foucades, toujours assénées sur le même ton volontariste. (…) Il y a un côté puéril, enfantin, dans cette idée qu’on va tout mettre par terre et tout reconstruire sans réflexion préalable. (…) Si l’on devait faire la liste des engagements dont il ne respecte rien, elle serait longue ».

 

Et François Bayrou va plus loin encore sur le fond en reprenant à son compte une analyse de l’ex-numéro 2 du Medef Denis Kessler qui estime que le Président n’a pour autre objectif que de « défaire méthodiquement tout ce qui a été fait en France à partir du Conseil national de la résistance ». Le « cœur du sujet » pour Bayrou version 2007-2008. La résistance et l’esprit des réformes de l’après-guerre… voilà désormais son socle de références.

Sauf que pendant ce temps… Bayrou se fait bien plus discret sur les difficultés qui marquent la naissance de son nouveau parti, à moins de deux mois des municipales, son premier grand rendez-vous. Défections (encore cette semaine à Paris), divisions (à Strasbourg, à Angers, demain à Lyon ?), incompréhensions sur la ligne (l’autonomie érigée en principe… sauf en cas d’alliance à droite comme à Bordeaux, ou à gauche, comme à Dijon probablement).

Sans parler des tensions liées à la constitution des listes parisiennes, sur lesquelles les militants n’ont pas eu leur mot à dire, provoquant beaucoup de frustrations… Dans un registre différent, l’UDF historique Didier Bariani , l’un des derniers fidèles de l’ancienne équipe, a dû arracher sa tête de liste dans le XXe arrondissement dans des négociations de dernière minute. La toute-puissante Marielle de Sarnez souhaitait l’écarter pour faire place au renouvellement. Mais le risque d’une nouvelle défection symbolique a finalement été le plus fort…

Au Modem, on assure que les municipales ne sont qu’une étape dans la construction du mouvement, façon d’ouvrir le parapluie en prévision de résultats qui ne s’annoncent guère brillants. Les yeux braqués sur 2012, François Bayrou lui-même semble considérer toutes ces difficultés comme des péripéties. Reste ce qui est son principal défi dans les mois et les années à venir… parvenir à construire l’alternative encore très floue qu’il entend incarner. Que « cette proposition politique nouvelle se forme et s’affirme », c’est d’ailleurs ainsi qu’il a conclu ce premier discours de vœux du Mouvement démocrate.

Guillaume Deblé

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